« Racontez-moi. »
Manon leva les yeux vers Adrien.
Elle tenait quelques billets froissés dans une main. L’autre restait contre sa joue.
À ses pieds, le dernier billet portait encore la marque de l’escarpin de Véronique.
Manon ouvrit la bouche, mais aucun mot ne sortit.
Véronique répondit à sa place.
« Elle a mal compris. Je lui donnais un supplément. »
Adrien ne quitta pas Manon des yeux.
« C’est à elle que je pose la question. »
Derrière lui, plusieurs invités s’étaient arrêtés dans l’encadrement de la porte. Quelques instants plus tôt, ils attendaient le retour de Véronique pour la suite du gala caritatif.
Maintenant, ils regardaient une jeune femme en uniforme se relever lentement du sol.
Une journée de travail
Manon était arrivée avant les fleuristes.
Elle avait nettoyé l’entrée, préparé les sanitaires et repassé dans la salle après l’installation des tables. Lorsqu’une collègue avait dû partir, son responsable lui avait demandé de prolonger sa présence.
Elle avait accepté.
À la fin de son service, elle était venue chercher la rémunération prévue pour cette mission ponctuelle.
Son responsable, Julien, lui avait indiqué que Véronique avait récupéré les enveloppes préparées par l’entreprise pour les remettre à l’équipe.
Manon l’avait trouvée dans le couloir.
Véronique lui avait demandé d’attendre.
Puis d’attendre encore.
Manon avait expliqué qu’elle devait rentrer.
« Je demande juste mon salaire. »
La gifle était partie immédiatement.
« Sur un autre ton. »
Manon avait porté une main à sa joue, trop surprise pour reculer.
Véronique avait ouvert l’enveloppe, sorti les billets et les avait jetés sur le marbre.
« Ramasse. »
Manon avait regardé l’argent.
« Je l’ai gagné. »
Un escarpin noir s’était posé sur le dernier billet.
« Alors baisse-toi. »
Le témoin qu’elle n’avait pas vu
Adrien avait quitté la salle pour chercher Véronique avant son intervention.
En approchant de la porte ouverte, il avait vu son bras se lever.
Puis la gifle.
Il avait traversé les derniers mètres pendant qu’elle jetait l’argent. Lorsqu’il avait atteint le seuil, Manon était accroupie et Véronique gardait le pied sur un billet.
« Retirez votre pied. »
Véronique s’était retournée avec un sourire précipité.
« Elle allait partir. »
« J’ai vu la gifle. »
Cette phrase avait suffi à faire disparaître son sourire.
Mais pas à lui faire abandonner sa version.
Une accusation de plus
Manon commença enfin à raconter.
Elle n’eut pas le temps d’aller très loin.
« Cette enveloppe n’aurait jamais dû quitter le bureau », coupa Véronique. « J’essayais justement de comprendre pourquoi elle l’avait prise. »
Manon la regarda, stupéfaite.
Après la gifle et l’argent au sol, voilà qu’elle devait aussi se défendre d’un vol.
« Je n’ai rien pris. C’est vous qui aviez l’enveloppe. »
Véronique leva les yeux vers les invités.
« Vous voyez comme elle me parle ? »
Adrien répondit calmement :
« Je l’entends vous expliquer ce qui s’est passé. Laissez-la terminer. »
Manon désigna l’enveloppe beige que Véronique tenait encore.
« Mon nom est dessus. Appelez Julien. Il pourra vous le dire. »
Le nom sur l’enveloppe
Julien arriva quelques minutes plus tard avec sa feuille de service.
En voyant Manon, il ralentit.
« Qu’est-ce qui s’est passé ? »
Adrien résuma ce qu’il avait personnellement vu. Manon expliqua ensuite pourquoi elle était venue réclamer l’enveloppe.
Julien se tourna vers Véronique.
« Je vous ai remis les enveloppes pour les distribuer. Celle de Manon était fermée. »
Il tendit la main.
Véronique hésita avant de la lui donner.
Sur le devant figuraient le prénom de Manon et son numéro d’employée. À l’intérieur, un récapitulatif indiquait les heures effectuées et la somme correspondante.
Julien compara le document avec sa feuille de service.
Tout concordait.
Il compta ensuite les billets que Manon avait ramassés, puis celui qu’elle venait de récupérer près de la chaussure.
Le montant était exact.
Il ne s’agissait pas d’un cadeau.
Encore moins d’argent volé.
C’était la rémunération de son travail.
« Qu’est-ce qui était drôle ? »
Véronique jeta un regard vers la salle.
« Très bien. Nous n’allons pas en faire une affaire. C’était une plaisanterie. »
Manon serra les billets entre ses doigts.
« Vous m’avez giflée. »
Véronique inspira, agacée.
« Et ensuite, vous avez jeté mon salaire par terre. »
La voix de Manon tremblait, mais personne ne l’interrompit.
«
